L'encrage à la plume reste, pour moi, la technique la plus satisfaisante qui soit. Le contact du métal sur le papier, la fluidité de l'encre, le trait qui prend vie sous la pression des doigts — rien ne remplace cette sensation. Mais maîtriser la plume, ça ne s'improvise pas.

Pourquoi la plume plutôt que le pinceau ?

La question revient souvent dans les ateliers. Le pinceau offre plus de spontanéité et de variation d'épaisseur naturelle. La plume, elle, impose une discipline. Elle récompense la précision. Pour les contours nets, les hachures serrées et les textures géométriques, la plume n'a pas d'équivalent.

En tant que graphiste dessinateur spécialisé BD, j'utilise les deux selon le projet. Mais pour les planches à dominante technique — architecture, mécanique, backgrounds urbains — la plume est souveraine.

Le matériel que j'utilise

Je ne jure que par deux plumes : la Brause 66EF pour les traits fins et les hachures, et la Mapping Pen pour les contours. Côté encre, j'utilise l'encre de Chine Sennelier noire, qui sèche rapidement et ne bave pas lors du scan.

  • Plume Brause 66EF — fine, flexible, parfaite pour les détails
  • Mapping Pen (Gillott 291) — contours précis et réguliers
  • Encre de Chine Sennelier — noir profond, séchage rapide
  • Papier Bristol 220 g — surface lisse, résiste à l'humidité
Détail d'encrage à la plume sur bristol

La gestion de la pression : le secret des traits vivants

C'est le point que j'enseigne en premier lors de mes ateliers. La pression sur la plume doit varier selon l'intention du trait. Un contour principal ? Forte pression, trait épais. Un détail secondaire ? Pression légère, trait à peine visible.

La règle d'or : commencer par les zones les plus légères et terminer par les plus chargées. Ainsi, vous n'accumulez pas l'encre sur les zones déjà encrées.

Séchage et finitions

L'encre de Chine sèche vite, mais pas instantanément. J'attends toujours 15 minutes minimum avant d'effacer les crayonnés en dessous. Un séchoir à cheveux accélère le processus, mais risque de faire cloquer le papier si trop proche.

Pour les corrections, la gomme blanche Pentel fonctionne bien sur les traits séchés depuis plus de 24 h. Pour les ratés importants, le white-out (correcteur liquide blanc) reste ma solution de secours.

Passer au numérique sans perdre l'âme de l'encrage

Je scanne mes planches en 600 dpi minimum, en niveaux de gris. Sous Photoshop ou Clip Studio Paint, je passe en mode Niveaux pour renforcer les noirs et éliminer les gris parasites. Le résultat : un encrage numérique qui conserve tout le charme du trait manuel.

Mon conseil pour débutants : remplissez 50 pages de hachures avant de toucher à votre premier projet BD. Ennuyeux ? Oui. Indispensable ? Absolument.